Étiquette : Schneider Electric

  • Fuites de données personnelles, et après ?

    Fuites de données personnelles, et après ?

    L’affaire qui affecte les clients de l’opérateur français Free est malheureusement ordinaire. Une cyberattaque perpétrée par une ou plusieurs individus dont le but est de faire de l’argent. Les données de 19 millions d’abonnés sont dans la nature, à vendre au plus offrant. Après SFR en septembre, Free est victime d’une intrusion non autorisée avec accès à diverses informations confidentielles dont l’IBAN, avec l’aide d’un complice en interne. Existe-t-il un risque ? Que faire en cas d’usurpation ?

    Aucune entreprise n’est épargnée : Lumiplan par le ransomware Cactus, Cerp Bretagne Nord et European External Action Service (EEAS) par Hunters, le groupe Althays, Billaud et l’imprimerie Peau par Qilin, Schneider Electric par Hellcat et le groupe Fimar par Bluebox. Ses cyberattaques de type ransomware sont revendiquées depuis le début du mois de novembre 2024.

    Quid de vos données ?

    Après SFR, c’est au tour de Free d’être touché par une intrusion non autorisée. L’opérateur a révélé le samedi 26 octobre 2024 que les données de 19 millions de ses clients sont volées. Un courriel est parvenu à chaque abonné. L’ensemble de ces données est une goutte d’eau parmi les passées, futures et actuelles fuites. La différence est ici la présence de l’IBAN (International Bank Account Number). Mais quelles conséquences ?

    Comme l’explique Benoit Grunemwald, expert en cybersécurité chez ESET dans un article de Numerama « des sociétés peu scrupuleuses se livrent à des malversations pour faire souscrire à des abonnements frauduleux à partir de cet IBAN. »

    La méthode est simple. Zojo sur son compte X l’explique. Il suffit d’avoir accès, ici, à Stripe. Vous créez un produit lambda, pour certifier l’identité, vous vous servez des informations (prénom, nom, etc.)… Puis après le délai légal de paiement, vous êtes crédité.

    Heureusement, il existe des procédures et protections pour éviter d’être lésé. Pour se protéger, il suffit de se pencher régulièrement votre compte, et faire opposition si nécessaire. Contrôlez les créanciers autorisés, vous pouvez également émettre une liste blanche de prélèvements SEPA, interdire les actions en provenance de certains pays, vérifier les mentions décrivant ledit créancier. L’avantage est aussi d’examiner si vous avez stoppé tous les qui ne sont plus indispensables.

    (Crédits : capture d’écran/Free)

    Depuis Free et Free Mobile, dépose plainte, le 25 octobre 2024, auprès du procureur de la République. L’ordonnance est rendue le 12 novembre 2024. Elle exige « le numéro de téléphone de cette personne, la ou les adresses IP qui ont pu être recueillies lors de la création du compte Telegram et de l’envoi de ce message, ainsi que les ports-source desdites adresses IP, Toutes informations utiles à l’identification de la personne recherchée, telles que prévues par les dispositions des articles L. 34-1 et R. 10-13 du code des postes et communications électroniques, Toutes informations disponibles dans ce contexte légal, et qui pourraient se rapporter à tout autre nouveau compte ou fonctionnalité de messagerie Telegram qui seraient utilisés par le pirate. »

    Données personnelles données volontairement

    Les fuites de données sont toujours problématiques. Si comme tout opérateur ou fournisseur d’accès à l’Internet, les civilités semblent nécessaires, qu’en est-il pour les applications que tout un chacun utilise sur son ordiphone ? Sachant que peu de personnes consultent ces centaines de lignes, et que la grande majorité coche la case certifiant l’acceptation et lecture des conditions générales de vente (CGV), ou bien la politique de confidentialité. Prenons alors un exemple parmi tant d’autres (Meta, Tinder, la plateforme TikTok, qui est devenue incontournable, au même titre que le smartphone pour naviguer.

    Celle-ci est en vigueur depuis le 4 décembre 2024. « Nous recueillons vos informations de trois manières : les informations que vous fournissez, les informations recueillies automatiquement et les informations provenant d’autres sources. » D’ores et déjà, la firme chinoise annonce la couleur.

    Il collecte ainsi le contenu utilisateur, notamment « les photos, les vidéos, les enregistrements audio, les flux en direct (livestreams), les commentaires, les hashtags, les avis, les évaluations, ainsi que les métadonnées associées (telles que la date, le lieu et l’auteur(-rice) du contenu). » Sans oublier la teneur des messages envoyés et reçus.

    Mieux encore… imaginez que dans votre registre téléphonique, une ou plusieurs personnes n’utilisent pas les « réseaux sociaux », pour tout un tas de raisons valables. La plateforme recueille « les informations du répertoire de votre appareil, comme les noms, numéros de téléphone et adresses e-mail », si vous choisissez de synchroniser vos contacts, précisent-ils.

    Cerise sur le gâteau, « nous conservons les renseignements aussi longtemps que nécessaire pour alimenter la Plateforme et pour les autres fins énoncées dans la présente Politique de confidentialité. » Vous pouvez ainsi, à titre de curiosité récupérer l’ensemble des données de votre compte.

    Ce qui est intéressant est qu’outre-Atlantique, les différentes autorités souhaitent clore la plateforme, sans l’interdire, car l’utilisation d’une application ou des médias sociaux est une décision personnelle. François-Philippe Champagne, ministre de l’innovation, de la science et de l’industrie déclare que le gouvernement canadien agit « pour faire face aux risques spécifiques de sécurité nationale liés aux opérations de ByteDance Ltd au Canada ». (Crédits : Anna Shvets/Pexels)

    « Le gouvernement ne bloque pas l’accès des Canadiens à l’application TikTok ou leur capacité à créer du contenu. […] Il est important que les Canadiens adoptent de bonnes pratiques en matière de cybersécurité et évaluent les risques possibles de l’utilisation de plateformes et d’applications de médias sociaux. » L’exemple est applicable à toute application, logiciel, jeu-concours, carte de fidélité… il est donc nécessaire de prendre le temps de lire les conditions générales de vente, la politique de confidentialité avant de signer, de cocher.

  • LockBit2.0 et le ministère de la Justice

    LockBit2.0 et le ministère de la Justice

    Un coup de pression si l’on en croit les journaux ici et là. Il semblerait au vu des données publiées sur le site de fuite que les opérateurs derrière le ransomware LockBit 2.0 ne jouent pas au poker menteur. Depuis ce matin 2 février 2022 des informations identifiant plus particulièrement le monde de la Justice dans le Calvados sont accessibles. Hormis le ministère de la Justice, la ville de Saint-Cloud est mentionnée comme cible d’une infection par codes malveillants, et susceptibles de voir ces documents sur le DarkWeb.

    L’information était prise très au sérieux dès la parution de l’annonce, le ministère indiquait s’être « immédiatement organisé pour procéder aux vérifications nécessaires, en lien avec les services compétents dans ce domaine ». Lockbit 2.0 est connu pour avoir ciblé d’autres organisations françaises, comme la société de sécurité Thales ou encore le site de Schneider Electric en décembre dernier. Mais pour l’expert, plusieurs zones d’ombre sont à éclaircir : « Pour l’instant, nous ne savons pas s’ils préparent une fuite massive de données ou s’il s’agit uniquement d’un coup de pression en lien avec le contexte politique », indiquait Guillaume Maguet, expert en cybersécurité chez Deep Instinct au Figaro. Ce n’est pas à proprement dit le ministère de la Justice française qui était la cible, mais un cabinet d’avocats, maillon essentiel de l’appareil judiciaire.

    Les contrats de travail des personnes, la liste des avocats présents en 2016, des factures de téléphone, des coordonnées internes du cabinet, de différentes chambres sont désormais diffusés sur le site de fuite des cyber-malfaiteurs. (Crédits : capture d’écran)

    Ce sont des données très sensibles qui sont disponibles sur le DarkWeb. Ne déplaise à personne, les personnes œuvrant dans l’ombre et la profondeur de l’internet ne bluffent, que dans les fictions et encore… Leur but est, purement et simplement de vous soutirer de la menue monnaie. D’autres parties prenantes de la Justice à travers le monde ont déjà fait les frais de ce genre d’attaque « informatique ». Le cabinet Jones Day, celui de Brandon Sua et Associés, Greenberg & Stein Avocats, tous trois basés aux États-Unis, et en France celui de Me Rémy Le Bonnois. Ces différents cabinets, pour ne citer qu’eux furent ciblés, infectés et les informations diffusées par l’équipe usant le ransomware Everest.

    Des dossiers de jugement mentionnant les patronymes des différentes parties amenées devant les tribunaux sont lisibles. (Crédits : capture d’écran)

    La société civile professionnelle DL2M, qui est le cabinet d’avocats Dorel Lecomte Marguerie est particulièrement mentionnée dans les dossiers mis en ligne par LockBit 2.0. Ainsi de très nombreuses pièces juridiques sont libres d’accès, à savoir des coordonnées de TGI, RIB, des noms, des employés, des actions et affaires judiciaires, mais pas seulement. Des dictées ou bobines dans le jargon sont disponibles. Ce sont des fichiers audio sur lesquels les avocats transmettent au personnel du secrétariat des courriers à rédiger. Quand il est indubitable que l’internet des objets (IoT) remplit de jour en jour les foyers français, et que les commandes vocales ont le vent en poupe, cela peut porter à préjudice. De plus, les coordonnées des intervenants du cabinet DL2M de messagerie fournies par l’opérateur Orange sont un des nombreux documents au format PDF. Datant de 2017, des griffonnages semblent afficher les identifiants et mots de passe, espérons qu’ils furent depuis changés, mais surtout que les professionnels du droit soient déjà en relation avec l’ANSSI.