Étiquette : Kerguelen

  • De la base Alfred Faure, cap sur Port-aux-Français (2de partie)

    De la base Alfred Faure, cap sur Port-aux-Français (2de partie)

    Aujourd’hui, est le grand moment, comme prévu le bateau arriva de bonne heure et mit l’ancre dans la baie du marin, face à l’île de la Possession. Les yeux s’ouvrent difficilement, puisque la nuit fut courte. La tocante laissa passer une demi-heure après sept heures quand Flavien Saboureau monta sur le pont pour immortaliser l’instant. « Dans notre malheur nous avons de la chance, car il fait beau, ce qui est très rare à Crozet, là où il pleut 300 jours par an », souffla-t-il. La mer est plus calme, le vent est tombé, ce qui est de bon augure pour le pilote d’hélicoptère.

    À huit heures pétantes, ce 17 août 2021 les premiers hivernants que sont les militaires, cuisiniers… pour l’île de Crozet quittent le bateau. Ils vont y passer de huit à douze mois. Tandis que les photographes immortalisent sur pellicule (numérique) la base scientifique Alfred Faure et les premiers manchots royaux, l’aéronef commence les premiers « slings ». Ce mot inconnu pour la plupart est le transport sous élingue qui permet de déplacer des charges lourdes et de les déposer sans avoir à poser la machine. L’OPEA est sur le pont. Ce dernier est responsable des opérations extérieures australes, il est le chef d’expédition et le coordinateur durant la rotation du Marion Dufresne.

    Le brassage de charges lourdes lorsque les conditions de débarquement sont impossibles, ou largement facilités par les hélicoptères, se nomment dans le jargon des Slings. L’exemple est issu du 1er régiment d’hélicoptères de combat de Phalsbourg. (Crédits : Caporal Sébastien)

    Ainsi à l’aide du filin il récupère les frets, sous forme de caisses ou de filets, déposés sur la plateforme par les membres d’équipage. En moins de temps qu’il ne faut pour le dire, l’aéronef est déjà de retour, dès lors il fera plus de vingt trajets. « J’ai mangé avec le responsable de la logistique, à qui j’ai demandé si Pauline et moi pouvions descendre… ». Malheureusement, les deux services civiques resteront à bord. Après le déjeuner, les rotations perdurent, mais cette fois de l’île au bateau. Les malles des partants et cinq mois de déchets, se déposent au fur et à mesure sur le pont.

    L’aventurier bloqué sur le Marion Dufresne, continu de fixer sur pellicule la faune. « Je devine au loin les énormes albatros hurleurs sur leur nid, les manchots papou, les chionis et la fameuse manchotière, pour laquelle nous voulions tant descendre », soupire-t-il. Sur la terre se subodorèrent des milliers de jeunes manchots non sevrés et quelques parents, la colonie est estimée à plus de 10 000 couples. « Le Cormoran de Crozet ne se laisse pas facilement photographier », assure Flavien tandis que, soumis aux aléas de la météorologie, l’OPEA décide de faire partir le concasseur en fin d’après-midi. L’équipage s’attelle donc à l’extirper des cales à l’aide de la grue et le pose sur la portière, « une sorte de radeau pneumatique sur lequel sont installés des bastaings, à l’allure très rustique ». Une chaloupe à bâbord descend pour tirer la portière jusqu’à la cale… Un hors-bord pneumatique (workboat) est là pour coordonner et assurer la sécurité en mer. Ils achèveront l’intervention en récupérant un conteneur rempli de déchets métalliques de nuit… Les opérations de déchargement, de remise en cale et de remise en place des chaloupes se finiront à 20 h sous les projecteurs.

    Tributaire de la météorologie

    « Aujourd’hui, nous savons, compte tenu de la météo, que les opérations ne devraient pas recommencer avant 8 h 30 alors pas de précipitations… », s’amuse Flavien de ce jeu de mots. En montant sur la passerelle, il constate que le bateau a fait l’hippodrome en mer durant la nuit, dû aux rafales de vents mesurés à 61 nœuds. Cette manœuvre consiste à naviguer en ovale au large des côtes. Afin de ne pas avoir la houle claquant régulièrement la coque. « Malgré ça, quand il tournait et que l’on prenait les vagues de côté le mobilier de la chambre ne pouvait s’empêcher de nous réveiller… » Ce matin du mercredi 18 août 2021, le botaniste trie quelques photos, prend contact avec la civilisation après une semaine coupée du monde. L’après-midi, une dépression mesurée à 990 hPa secoue le Marion Dufresne, exhibant ainsi le record du voyage avec 71 nœuds soit près de 140 km/h en rafale. « Nous avons dû nous éloigner des côtes, sans apercevoir l’archipel de Crozet de la journée. » Le retard s’accumule et affiche désormais deux jours.

    Le manchot papou (Pygoscelis papua) a pour prédateurs l’orque et le phoque léopard. Les œufs et les poussins sont quant à eux un mets de choix pour le skua ou grand labbe. Cet oiseau établit souvent son nid parmi les colonies de manchots papous qui sont pour lui une source de nourriture toute trouvée. (Crédits : Flavien Saboureau)

    Les opérations débutent tôt ce jeudi matin. Les rotations s’enchaînent, tandis que la vedette et le workboat travaillent à la mise en place de l’impressionnante manche à gazole. La canalisation semi-rigide est tirée par la vedette. Des bouées sont disposées sur sa longueur, espacées d’une dizaine de mètres, pour assurer sa flottabilité. Déployée sur huit cents mètres environ, ce jusqu’à la côte, elle parcourt un nouvel hectomètre pour parvenir à destination, des cuves de plus de 50 m3. Elles permettent à la base d’être autonome pendant vingt-quatre mois. Le ravitaillement arrive à pont nommé, ils ne leur restaient que cinq mois de réserve. Après avoir injecté de l’air par une pression de dix bars, le gazole est en cours d’acheminement. Le débit habituel est de 50 m3/h, mais la longueur de la manche est telle cette année (dû aux conditions) que seuls 35 m3 sont envoyés la première heure. Au total, plus de 160 m3 auront était déposé à Crozet, de quoi tenir une année. Durant ce laps de temps, l’hélicoptère rapporte les cargaisons vidées de leurs contenus.

    Un trou dans la manche

    Peu après 14 h 30, tandis que la vedette achève sa dernière rotation, un problème survient. La manche à gazole dérive et passe en dessous du Marion Dufresne, « c’est la panique à bord, le pompage est instantanément arrêté ». Durant près de trois heures, les marins œuvrent à dégager la manche du gouvernail ou de l’hélice… avant de réussir. En la remontant, ils s’aperçoivent que de toutes petites nappes de gazole se sont formées à la surface. Elle est littéralement coupée, seule l’armature en acier du tuyau l’empêche de se scinder en deux. Jusqu’à l’angélus tout l’équipage, commandant y compris est à pied d’œuvre. Après avoir étalé des copeaux sur le pont pour éponger le combustible, un manchon est positionné pour réparer la canalisation, il faut encore ravitailler Kerguelen et Amsterdam. Cette dernière ne possède plus qu’un trimestre d’autonomie. Par « chance », le carburant envoyé est du gasoil et non du mazout, l’impact sur l’environnement est alors bien moindre. En effet, il forme une fine couche à la surface avant de s’évaporer.

    Dans ce lieu de stockage du fret, le Marion Dufresne permet aux différents membres du personnel des bases des Terres australes et antarctiques françaises (TAAF) de vivre. Lorsqu’il est vide, jour au badminton serait possible (Crédits : Flavien Saboureau)

    Avant que cet événement ne rebatte les cartes de cette journée, « Antoine, Pauline et moi sommes descendus dans les cales faire le protocole de biosécurité ». Vingt-cinq pièges à rongeurs ont été déposés dans les cales, dans l’hypothèse que rats comme souris seraient parvenues à rentrer à bord par le fret, pour éviter d’en amener de nouveaux sur les îles. « Affublés de nos casques et gilets jaune nous avons inspectés si le biocide à l’intérieur des boites avait été grignoté. Fort heureusement, aucun ne l’a été ». Le produit, sous forme de cube, est un anticoagulant qui avec un saignement provoque leur mort. Ce protocole a permis aux VSC (volontaire de service civique) de visiter des endroits où ils ne se rendent que rarement. « Dans les énormes cales à la proue les hauteurs sous plafond sont énormes, pratiquement comparables au volume d’un gymnase. Un terrain de badminton a même été dessiné au sol. Il est praticable lorsque le fret est descendu », observe Flavien.

    Cap sur les îles Kerguelen

    Les températures moyennes sont de 2 °C dans l’air et 4 °C dans l’eau, attisées par des vents de près de 40 km/h (20 nœuds), amenant la sensation d’être en dessous de 0 °C. Il est aux environs de 21 h lorsqu’« après le repas, avec Pauline, nous monterons à la passerelle, dans le noir le plus total, pour assister au passage devant l’île de l’Est. » L’équipage règle la luminosité des différents écrans au minimum, ce pour permettre à l’œil de voir, même de nuit, le danger. « À ce moment, l’île, plongée dans une nuit claire, a un côté mystique. Très escarpée, cette terre qui n’a pas été foulée par l’homme depuis plus de 35 ans, invite à la contemplation, poétise-t-il. Nous passerons, une demi-heure seuls à la passerelle à la regarder sans dire un mot ou presque. » Cette île fait partie de quatre ou cinq de l’archipel à être classées en réserve naturelle intégrale, c’est-à-dire que l’homme n’a pas le droit d’y poser le pied. Depuis plus de trois décennies, elles sont restées vierges de visites. Uniquement l’île aux Cochons a vu en 2019 une poignée de scientifiques sur son sol, après plus de 38 ans d’isolement. La raison est le déclin fulgurant de la plus grande colonie de manchots royaux du monde observés par clichés satellites. « Finalement, la cause est liée au réchauffement climatique et au déplacement du front des eaux polaires, faisant passer leur aire de nourrissage de 400 à 600 km », explique-t-il.

    « Les premières terres de Kerguelen, la péninsule Rallier du Baty, de nuit, (pour les photographes, l’ISO est à fond…) Là aussi en réserve intégrale, personne n’y a mis les pieds depuis des décennies, peut-être même des siècles… Certains endroits des Kerguelen n’ont sûrement jamais vu l’Homme. » (Crédits : Flavien Saboureau)

    La journée du vendredi est sujette à farniente, ou presque. « Après m’être reposé jusqu’en milieu de matinée, ma lecture sur les explorations est interrompue par le repas, avant de reprendre. Je passais le plus clair de mon temps à photographier les rares oiseaux, après avoir discuté sur la biodiversité avec Antoine. » Cette dixième journée à bord se termine par une conférence sur les éléphants de mer, de Kerguelen bien sûr. Christophe Guinet, chercheur au CNRS de Chizé, nous expliquait mettre des balises bourrées de capteurs sur la tête de ces phoques (dont la population est estimée à 300 000 individus) pour suivre leurs déplacements dans l’océan, mieux comprendre le réchauffement climatique…

    Changement d’heure et de vue

    Après une petite soirée, tous s’endorment paisiblement en se remémorant qu’il faut avancer la montre d’une heure, dus au changement fuseau horaire. Les tocantes sont désormais réglées à l’heure d’Islamabad capitale du Pakistan, à l’est de l’Afghanistan. La mer était formée comme aime à conter les marins, si bien qu’à six heures, vient s’écraser, sur le flanc du Marion « une grosse vague qui renverse la chambre. L’échelle qui permet d’accéder à la bannette du voisin aura réveillé quelques appartements en tombant… » Peu de temps après cet éveil en fanfare, Michaël, mécanicien de l’hélicoptère, explique à ceux qui veulent bien en apprendre le fonctionnement, dans le hangar. N’écoutant que son courage, et juste avant de manger Flavien ira faire un tour sur le pont extérieur pour sonder la météo. « Je ne suis pas déçu. Il fait 1 °C à l’abri, l’océan est à 3 °C, quant au pont, il commence tout juste à dégeler, certains ce sont prit de belles gamelles ce matin parait-il, grelotte-t-il. Attisé par le vent, la température ressentie nous met dans le bain des journées enneigées qui nous attendent à Kerguelen. » La base leur a envoyé une photo pour les habituer, à minima les prévenir de la météo sur place.

    Les températures peuvent se rafraîchir au sein de l’archipel Kerguelen. Il y règne un climat froid, mais non glacial, car les moyennes estivales n’excèdent pas 10 °C, quant aux hivernales elles dépassent 0 °C. Pour autant, le vent omniprésent conduit le ressenti à chuter. (Crédits : Flavien Saboureau)

    Après s’être restauré, le paparazzi se positionne pour photographier des oiseaux aperçus en début de journée. Trois nouvelles espèces au menu, le fulmar antarctique, le pétrel antarctique et le fameux albatros à sourcils noirs tourneront autour du bateau toute l’après-midi. « Terre en vue », aurait pu crier le timonier. Durant une heure, tous profitent de la vue, tout en tentant de prendre des clichés de la péninsule Rallier du Baty. Ce bout de terre de l’archipel fait partie, à la manière de l’île de l’Est, de ces zones où il est interdit de poser une semelle. Territoire le plus éloigné de la base, très peu d’êtres humains ont déjà pu fouler cette terre. On admirera l’île jusqu’à la baie d’Audierne où des langues glaciaires trahissent la présence de la calotte glaciaire Cook, le plus grand glacier de France. Avant de se glisser dans la bannette, et espérant ouvrir le rideau de la cabine sur la base de Port-aux-Français… (à suivre)

  • De Lavausseau aux terres australes

    De Lavausseau aux terres australes

    C’est un long périple que Flavien Saboureau (23 ans depuis le 25 février) entreprend le 18 juillet 2021. Cet enfant de la cité des tanneurs (86) a parcouru un chemin empli d’expériences. L’aventure le mène cette année à Amsterdam, pas la capitale néerlandaise, mais l’île des terres australes et antarctiques françaises (TAAF). De son bout d’hortillonnage aménagé au domicile familial au Jardin botanique de Nantes où il est employé, je vous emmène en voyage le découvrir à travers la flore qu’il affectionne.

    Très jeune, il est passionné par des travaux de minutie. Il ne le sait pas encore, mais cette caractéristique sera déterminante dans son futur. Après Émeric et Ophélie, il est le petit dernier, forcément chouchouté, comme dans tous les clans. Son cursus scolaire demeure classique, jusqu’au voyage en terre saintaise où il obtient son bac, avec mention très bien. « Je voulais être paysagiste », chantonne-t-il. Ainsi, il migre à Angers pour suivre les cours du BTS aménagement paysager, encore mention très bien. Poursuivi par ses études, il décrochera une spécialisation en botanique dans la ville de Besançon, à Chateaufarine. Pointilleux sur les termes, il effectue auprès des siens des ajustements, pour les non-initiés : « La plante ne fait pas forcément moins d’un mètre, elle peut-être une mousse comme un arbre. La fleur est la partie de la plante. Les gens font souvent l’amalgame, comme ma maman, mais ce n’est pas grave », sourit-il.

    Il faut parfois être au ras du sol pour voir la grandeur d’une plante, la contempler avant de pouvoir la photographier. (Crédits : DR)

    Il n’est pas latiniste, mais appréhende petit à petit sa gymnastique. « Il est la nomenclature commune qui range les plantes dans des cases. Nous parlons le même langage, ce qui est bien. Le Latin permet la compréhension de bien des choses, comme, par exemple, le séquoia sempervirens qui signifie toujours vert ». L’évolution suit son chemin quand il participe au concours national de reconnaissances des végétaux. La consécration arrive en 2017, avec le titre de champion de France dans la catégorie « Aménagements paysagers ». « Felix qui potuit rerum cognoscere causas » est une locution latine qui lui sied (N.D.L.R. Heureux celui qui a pu pénétrer le fond des choses). De fil en aiguille, il travaille au Jardin botanique de Nantes, depuis novembre 2019. « Je m’occupe des arbres et arbustes de climats tempérés et la nomenclature, l’étiquetage de 9000 espèces. » Puis survient, comme une graine semée, un sentiment d’éclosion. Le besoin d’effectuer un service civique, mais pas n’importe quoi, ni n’importe où…

    À 2880 km de l’île de la Réunion

    Après de multiple rendez-vous, tests, entretiens et une attente interminable… le couperet tombe enfin : « Pour ceux qui n’étaient pas au courant, et ceux qui y étaient, c’est officiel ! À partir de juillet, je pars avec la mission 73 sur ce rocher perdu au milieu de l’océan Indien, l’île d’Amsterdam, une des îles les plus reculées du globe, annonce-t-il fièrement sur Facebook. J’aurais en charge la réintroduction du Phylica arborea, un arbre en danger d’extinction qui, dans le monde, ne subsiste plus que sur 2 îles. » Il ne sera pas esseulé sur le caillou volcanique, la population sera au nombre de vingt l’hiver, et doublera l’été. Des scientifiques, ornithologues, botanistes, météorologues, sismologues, militaires, cuisiniers, électriciens, mécanos, et un médecin, sur une île de 54 km2.

    Phylica arborea est la seule plante ligneuse arborescente indigène des TAAF sur l’île Amsterdam dans l’océan Indien. Elle est l’une des deux seules espèces arborescentes indigènes présentes sur les îles de l’archipel Tristan da Cunha dans l’Océan Atlantique. (Crédits : B. Navez — Nov 1999 — île Amsterdam)

    Amsterdam se trouve dans l’océan Indien méridional par 37°50′ S et 77°35′ E est une des îles les plus isolées au monde. Située à plus de 3 000 km de tout continent, sans être le point Nemo, elle est éloignée de toute civilisation. Avec l’île Saint-Paul (8 km2 de superficie) localisée à 91 km plus au sud, Amsterdam se trouve au sud-ouest de la ride médio-océanique est-Indienne. Les îles sont très proches des 40e rugissants, et non loin des 50e hurlants et 60e déferlants. Les deux îles reposent sur un socle très étroit, qui sombre de manière abrupte à plus de 3 000 mètres. De formation très récente, Amsterdam est un volcan relativement simple constitué d’épanchements de lave et de projections de scories basaltiques.

    Un périple digne d’un aventurier

    Durant les dix-huit mois de son aventure, dont quatorze sur place, toute sa vie tiendra dans deux cantines métalliques d’un poids maximum de 110 kg. « Elles sont blindées de trucs comme des tablettes de chocolat, des gâteaux secs… avec un protocole de biosécurité strict », assure-t-il. L’exemple des chaussures est criant de vérité : « Passez l’aspirateur à l’intérieur de vos chaussures en enlevant les semelles. Puis, brossez à l’eau et au savon le dessus et la semelle de toutes vos chaussures afin d’éliminer toute présence de terre, de graines, d’insectes ou d’œufs. Enfin, rincez-les à l’eau claire, faites-les sécher, puis placez-les directement dans vos bagages. » La raison est toute simple, les espèces introduites sont la plus grande menace pesant sur la biodiversité des Terres australes françaises. C’est pour cela que sont interdits les produits frais (fruits et légumes), végétaux séchés et déshydratés, animaux vivants, végétaux viables et organismes vivants, et les fruits à coques non décortiqués. Quoiqu’il en soit, dans un peu plus d’un mois, le jeune botaniste s’envolera direction La Réunion. « Sur place, je commence par une semaine de formation et deux de quarantaine. Le 11 août nous embarquons sur le Marion Dufresne. »

    Le « Marion Dufresne » à quai. Il est long de 120,5 et large de 20, 6 mètres, son tirant d’eau est de 6, 95 m. (Crédits : Antoine Dervaux)

    La traversée s’effectuera en trois étapes. De la Réunion au Crozet sur cinq jours (3 à 4 d’escale), puis direction Kerguelen en deux jours (5 à 6 d’escale) et enfin quarante-huit heures pour atteindre Amsterdam (3 à 4 jours d’escale). Dans ces endroits, pas de ports, le débarquement des matériaux, matériels et passagers s’exécute par hélicoptère. Après le voyage, rien ne sera ordinaire. Coupé du monde durant d’une année et demie, cette aventure humaine et scientifique grandit et permet une connaissance intrinsèque de chacun. Les documents fournis, comme le guide de mission mentionne cette particularité des districts austraux. « Sur le plan psychologique, l’isolement géographique et une vie communautaire permanente constituent des contraintes qui peuvent s’avérer difficiles à supporter. N’oubliez pas que vous êtes volontaire. » En effet, la vie à long terme en petits groupes isolés de la civilisation et somme toute la relative promiscuité nécessite des efforts importants. Il est primordial d’essayer de comprendre ses compagnons dans leur divers comportement, et de « préférer le dialogue au conflit et d’éventuellement leur apporter un soutien ».

    À la recherche de la fleur inconnue

    « Mon travail existe depuis 2010, je serais le douzième à l’effectuer. C’est-à-dire récolter des graines, tenir une pépinière pour réintroduire des espèces », simplifie Flavien. Car rats et souris ont immigré en nombre dû à l’activité humaine précédente. « Ils mangent les graines, et les digèrent totalement. Leurs actions sans les missions feraient disparaître des espèces de la terre. » Leurs quotidiens seront intenses. « Ma journée type… pas le temps de s’embêter, principalement des relevés de la flore, de leur habitat, la phytosociologie. Pour les sorties, c’est comparable à celles de l’ISS, juste pour le travail. Nous serons chaussés de raquette pour déambuler hors des sentiers balisés, tout en évitant la végétation sensible comme la sphaigne. » Des missions diverses et variées, avec des enseignements supplémentaires. Pour autant, il existe des taches obligatoires nécessaires et vitales :

    • Une participation aux exercices de formation de lutte contre les incendies, qui sont organisés sur le district.
    • Une intégration au sein de l’équipe de sécurité, qui peut conduire à jouer un rôle, soit dans la préparation du matériel nécessaire pour lutter contre le feu, soit directement dans la lutte contre un éventuel incendie.
    • Une participation au service d’astreinte organisé par la base. Le personnel d’astreinte est ainsi tenu, environ une semaine sur trois ou sur deux (en cas de manque de personnel), de rester sur base afin d’être prêt à intervenir en cas d’incendie.
    Les images, rencontres et souvenirs qui hanteront longtemps les rêves du jeune botaniste feront peut-être naître des vocations. (Crédits : Antoine Dervaux)

    Sans moyen ordinaire de communication, et deux heures d’appels via satellite mensuelle, ils vivront aux rythmes de la météo. De plus, dans un espace ultra-protégé, ils devront garder une distance minimale de 10 m des colonies de manchots, Albatros, Pétrels géants, Otaries et Éléphants de mer, de 20 m des oiseaux sur nid, de la mise bas des mammifères marins, et des colonies de manchots papous, avec l’interdiction de s’approcher des colonies d’oiseaux fouisseurs. Flavien aura l’occasion de rapporter des clichés pris au téléobjectif pour compléter sa page photographique, comme de réaliser peut-être son souhait, découvrir une espèce inconnue.. « Le stress, j’évite de trop y penser, j’ai pas mal de papier à produire, avant le départ le 18 juillet. » Bon vent !