Étiquette : Scattered Spider

  • Trois attaques ébranlent l’environnement Google, et pas que…

    Trois attaques ébranlent l’environnement Google, et pas que…

    En l’espace de quelques semaines, Google a vu son écosystème frappé par trois secousses majeures : une faille critique dans son service Cloud Dataform, une campagne de phishing exploitant Google Classroom et une possible fuite massive de données touchant Gmail. Ces incidents, confirmés par des sources spécialisées, révèlent la fragilité des géants du numérique face à des cybermenaces protéiformes. Entre correctifs d’urgence, exploitation de plateformes éducatives et piratage revendiqué par Shiny Hunters, la sécurité de milliards d’usagers se retrouve une nouvelle fois sur la sellette.

    L’été 2025 aura mis à l’épreuve la cybersécurité de Google. Trois événements distincts, mais significatifs, ont ciblé son infrastructure et ses services : une faille critique dans Google Cloud Dataform, une campagne de phishing exploitant Google Classroom, et une possible fuite de données concernant potentiellement des milliards d’utilisateurs de Gmail, démenti par la maison mère Google..

    Faille critique dans Google Cloud Dataform

    Le 21 août 2025, Google a corrigé une vulnérabilité critique affectant Google Cloud Dataform, référencée sous le numéro CVE-2025-9118. La faille reposait sur un path traversal (CWE-22) qui consiste à « sortir » du dossier prévu par l’application en injectant des chemins tels que « ../../../../../etc/passwd ».

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    Le problème vient du fait que Google Dataform (un service cloud pour gérer des workflows de données SQL) lit le fichier package.json lors de l’installation de dépendances. Si ce fichier est piégé, il peut contenir des chemins qui obligent le système à écrire ou lire en dehors du répertoire prévu. Vulgairement, un immeuble, ici le Dataform, contient de multiples appartements individuels (les dépôts de différents clients). La faille est semblable à une porte dérobée dans une cloison mal sécurisée. Une personne malveillante peut s’introduire dans n’importe quel logement, en changer ce que bon lui semble, sans y être autorisée.

    L’attaquant à distance, sans avoir besoin de se connecter, peut créer un package.json malveillant — fichier qui décrit un paquet logiciel — pour lire ou modifier les fichiers d’autres clients, comme s’il était l’un d’eux. (Crédits : Caio/Pexels)

    Google a assuré que tous les clients ont été automatiquement protégés après le déploiement du correctif et qu’aucune action supplémentaire n’était requise de leur part. Le score CVSS 10.0 traduit la gravité maximale, car aucun mot de passe n’était requis, accès aux données privées, modification possible de fichiers.

    Campagne massive de phishing

    Quelques jours plus tôt, soit entre le 6 et le 12 août 2025, des acteurs malveillants exploitent la plateforme Google Classroom. Leur but : une campagne de phishing à grande échelle. Selon l’entreprise de cybersécurité Armorblox, environ 13 500 organisations à travers le monde ont été ciblées, via l’envoi de plus de 115 000 messages frauduleux.

    Le stratagème est aussi simple que redoutable. Les attaquants créent de faux cours dans Google Classroom, puis y intègrent des liens malveillants dissimulés dans des documents ou des annonces. Ces cours sont ensuite partagés par courriel sur des entreprises et administrations.

    Leur efficacité repose sur un levier psychologique : la confiance. Venant d’un service légitime, dont le nom de domaine et les certificats ne délivrent pas d’alerte immédiate, tout semble sûr. En réalité, il redirige vers des sites piégés qui distribuent des malwares ou récoltent des identifiants et mots de passe.

    Cette attaque, déjà observée, surfe sur une tendance. Détourner les services de confiance pour contourner les filtres de sécurité classiques et surtout tromper les utilisateurs. (Crédits : Pixabay/Pexels)

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    En détournant l’usage premier de Google Classroom, les cybercriminels hackent le pilier de confiance. Cela rappelle que le plus grand ennemi se cache dans les usages quotidiens. L’attaque exploite ce qu’il y a de plus humain : la confiance, la routine, l’habitude de cliquer sans se méfier, sans regarder. Cette affaire révèle que sans une culture de vigilance partagée par tous, la technologie ne suffira pas. Enfin, selon les révélations de PCWorld, le groupe de pirates Shiny Hunters affirme avoir compromis une base de données associée à Google, en exploitant des accès liés à Salesforce. L’incident aurait exposé les données d’au moins 2,5 milliards d’utilisateurs Gmail, incluant noms, identifiants d’entreprise et autres métadonnées.

    Shiny Hunters, qui sont-ils ?

    Le nom n’est pas nouveau. Depuis 2020, Shiny Hunters s’est imposé comme un acteur central du cybercrime mondialisé, multipliant les assauts contre des entreprises cotées comme contre des plateformes de niche. Leur stratégie : l’industrialisation de la compromission. Le collectif revendique une série de brèches spectaculaires.

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    Shiny Hunters est un collectif de cybercriminels qui a émergé en 2020. Célèbre pour des fuites massives — comme Tokopedia (91 millions de comptes volés), Wattpad (271 millions), AT&T (plus de 70 millions), ou encore l’exfiltration de 500 Go de code source Microsoft —, le groupe a rapidement gagné en notoriété. Il s’illustre par sa capacité à transformer les données volées en armes de chantage et de monétisation.

    À partir de 2025, leur méthode a profondément évolué. Shiny Hunters a fait un virage stratégique vers le vishing (phishing vocal) ciblant Salesforce. Ainsi, en usurpant l’identité du support IT, ils incitent des employés à installer des programmes malveillants, leur ouvrant l’accès aux CRM de Google, Workday, Cisco, Chanel ou Dior.

    (Crédits : BM Amaro/Pexels)

    Aujourd’hui, Shiny Hunters est en capacité de mener des campagnes d’exploitation sociale amplifiée par la technologie, avec une finalité économique claire : l’extorsion. Ce collectif n’est plus un simple groupe de pilleurs de données. Il mute en une entreprise criminelle sophistiquée, où l’intelligence sociale (vishing) devient l’une des clés pour pénétrer les bastions du cloud mondial.

    Shiny Hunters s’allie à Scattered Spider

    Après une année d’inactivité, « Shiny Hunters » refait surface. Silencieux entre juin 2024 et juin 2025, à la suite de l’arrestation de quatre de ses membres, ils signent leurs retours avec une vague d’attaques contre Salesforce.

    Selon les révélations de The Hacker News, « le groupe Shiny Hunters, tristement célèbre pour ses fuites massives de données, semble avoir conclu une alliance avec le gang Scattered Spider ». Reliaquest explique que « Shiny Hunters adopte les stratégies emblématiques de Scattered Spider ». Cette collaboration marque une montée en gamme du cybercrime, passant de l’exploitation individuelle à des campagnes de chantage coordonnées ciblant les clients de Salesforce.

    Scattered Spider, quant à lui, est un groupe de cybercriminels à but lucratif lié au collectif « The Community » (alias The Com). Initialement connu pour les opérations d’échange de données SIM, le groupe a progressé vers l’exécution de systèmes d’ingénierie sociale complexes. (Crédits : Pixabay/Pexels)

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    Leurs outils sont une combinaison d’ingénierie sociale et des campagnes d’extorsion, une version 3.0 du cybercrime avec l’aide de l’IA. « Soupçonné d’inclure à la fois les membres Scattered Spider et Shiny Hunters, The Com est un réseau tentaculaire de sous-groupes et de cliques disparates qui s’engagent dans l’activité de prise de contrôle, de SIM-swapping, de vol de cryptomonnaie, et sextortion », explique Reliaquest. Quelles sont les prochaines étapes : le Chaos-as-a-Service ? Face à ces menaces, les États doivent-ils imposer une régulation plus ferme, ou le risque d’un monde numérique moins ouvert serait-il pire que le mal qu’il prétend combattre ?

  • Ransomware. MGM Vs Caesars : payer ou ne pas payer ?

    Ransomware. MGM Vs Caesars : payer ou ne pas payer ?

    Lorsque nos rêves nous emmènent à Las Vegas, la première pensée est pour les casinos et le film Ocean’s 11. Mais dernièrement le rêve se transforme en cauchemar pour les poids lourds que sont Caesars Entertainment et MGM Resorts. Du cinéma à la réalité, les deux entreprises américaines ont subi une cyberattaque. Deux réalités s’opposent. La première est le paiement d’une rançon pour récupérer les données volées, sans jamais être sûr qu’une copie n’est pas gardée. L’autre est le non-paiement.

    Le 7 septembre 2023, Caesars Entertainment révélait qu’une « a récemment identifié une activité suspecte dans son réseau de technologie de l’information résultant d’une attaque d’ingénierie sociale sur un fournisseur de support informatique externalisé utilisé par la société. » C’est dans le rapport de la U.S. Securities and Exchange Comission (SEC) que l’entreprise, après enquête, reconnaissait que l’acteur à la base du cyberincident possédait de nombreuses données.

    Scattered Spider (UNC3944) sévit

    Deux grands casinos de Las Vegas ont été victimes d’attaques par ransomware « attribuées » au groupe cybercriminel Scattered Spider. Pour autant, Alphv/BlackCat revendique la paternité de la cyberattaque de MGM sur son site de fuite. Depuis l’attaque cybernétique les systèmes informatiques du MGM ont été mis hors service, gelant les machines à sous, les distributeurs automatiques de billets, les ascenseurs et la technologie de l’hôtel. Cette entreprise refuse de payer.

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    « À la suite de notre enquête, le 7 septembre 2023, nous avons déterminé que l’acteur non autorisé avait acquis une copie, entre autres données, de la base de données de notre programme de fidélisation, qui comprend les numéros de permis de conduire et/ou les numéros de sécurité sociale d’un nombre important de membres de la base de données. Nous sommes toujours en train d’enquêter sur l’étendue des informations personnelles ou sensibles supplémentaires contenues dans les fichiers acquis par l’acteur non autorisé. »

    Scattered Spider est considéré comme un groupe criminel usant d’une large gamme d’attaques d’ingénierie sociale pour pénétrer dans les réseaux d’entreprise. Les attaques comprennent l’usurpation de l’identité du personnel du service d’assistance. Le but est d’inciter les utilisateurs à fournir des informations d’identification. Il y a des attaques par échange de cartes SIM (pour prendre le contrôle du numéro de téléphone d’un appareil mobile), par fatigue (MFA Fatigue) et hameçonnage. « Contrairement à la plupart des affiliés de ransomware qui sont originaires des pays de la CEI, les chercheurs pensent que le groupe de pirates est composé d’adolescents et de jeunes adultes anglophones âgés de 16 à 22 ans », écrit Bleeping Computer. (Crédits : capture d’écran)

    Plus problématique que les données personnelles, les informations bancaires : « À ce jour, nous n’avons aucune preuve que des mots de passe de membres, des informations sur des comptes bancaires ou des informations sur des cartes de paiement ont été acquis par l’acteur non autorisé ». Scattered Spider, également appelé UNC3944, Scatter Swine ou Muddled Libra, est un groupe de pirates informatiques composé principalement d’individus âgés de 16 à 22 ans. De langage anglophone, ils seraient issus des États-Unis et du Royaume-Uni.

    Quels conséquences et conseils ?

    Caesars aurait donc payé la somme 15 millions de dollars, ce qui représenterait la moitié de la somme demandée. Fox Business relate que « MGM Resorts International devrait perdre jusqu’à 8,4 millions de dollars de revenus par jour jusqu’à ce qu’elle résolve les problèmes de cybersécurité qui ont affecté son système de réservation et les étages de ses casinos dans plusieurs États. » Les dirigeants doivent avoir une bonne raison de payer le cas échéant tout ou partie de la rançon. Malgré le fait que l’entité qu’est le FBI recommande de ne pas payer de rançon. L’organisme évoque plusieurs raisons à cela :

    • Payer la rançon encourage les pirates à continuer leurs attaques et à demander des sommes plus élevées.
    • Payer la rançon ne garantit pas que les pirates restitueront les données ou qu’ils n’ont pas installé une porte dérobée pour revenir plus tard.
    • Payer la rançon finance d’autres activités criminelles, comme le trafic d’armes, de drogues ou d’êtres humains.
    • Payer la rançon peut exposer les victimes à des poursuites judiciaires si elles violent des sanctions ou des lois contre le financement du terrorisme.
    • Payer la rançon ne résout pas le problème de fond, qui est le manque de sécurité et de prévention des systèmes informatiques.