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  • Un ransomware, qu’est-ce que c’est ?

    Un ransomware, qu’est-ce que c’est ?

    Les attaques par code malveillant ne faiblissent pas, que ce soit à l’étranger comme en France. Sept entreprises de l’hexagone, pour le mois de septembre 2021 sont les jouets de malversation : Annoncez-vous, Télécom Sud Paris par CoomingProject, La Martiniquaise par Blackmatter, Cromology et Champagnes Thiénot par Grief, puis Steel Projets par Everest. Si les rançongiciels sont de plus en plus présents, et redoutables quant à leurs méthodes, qu’est-ce qu’un ransomware ? Quels buts ? Quel fut le premier ?

    L’agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI) définit « un rançongiciel est un code malveillant empêchant la victime d’accéder au contenu de ses fichiers afin de lui extorquer de l’argent. La très grande majorité des rançongiciels a actuellement la capacité de chiffrer des fichiers stockés sur le réseau de la victime. » Ne pas confondre programme (malware) et code malveillant le premier est réservé aux logiciels, le second est un script qui profite des vulnérabilités des sites, dans l’intention de charger un programme malveillant.

    Ces lignes de code ont pour but d’afficher la date et l’heure en plusieurs formats sous Python. Il se loge et se cache dans divers endroits. Ainsi l’attaque trouve son vecteur dans un courriel, une connexion avec un équipement infecté (clé USB, câble…), navigation, fausse mise à jour, l’exploitation d’une vulnérabilité…(Crédits : mes exemples)

    L’agence du numérique en santé donne des conseils. En cas de bugs inattendus, de lenteur du système, d’un disque dur anormalement actif, des messages étranges , la désactivation des logiciels de sécurisation… elle préconise de déconnecter le poste, sans l’éteindre, et surtout d’avertir les techniciens et le responsable des SSI (sécurité des systèmes d’information).

    Le 1er mars 2021, l’agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI) publiait un document qui faisait état de la menace. « La tendance à la hausse des attaques par rançongiciel à l’encontre d’organisations publiques et privées, identifiée depuis 2018, s’est à nouveau confirmée en 2020, tant à l’échelle internationale que nationale », alerte-t-elle. En effet de 2019 à 2020, c’est une augmentation de 255 % des offensives stipule l’ouvrage. Aucune discipline d’activité ni zone géographique n’est épargnée, bien au contraire. L’observation démontre un accroissement des assauts contre des collectivités locales, du domaine de l’éducation, du secteur de la santé et d’entreprises de services numériques.

    Comme le jour de marché, les marchands disposent leurs étalages. Dessus s’affichent les produits, leurs noms avec l’étiquette des prix. (Crédits : capture d’écran)

    Qui plus est lorsque « la rentabilité des attaques par rançongiciel, est bien supérieure à leur coût de mise en œuvre, explique la prolifération des groupes d’attaquants et laisse présager une constance, si ce n’est une hausse, de la menace liée aux rançongiciels dans les années à venir. » Pour les cibles, les coûts et dégâts causés sont multiples et variés. Ils peuvent être des pertes financières, d’exploitation, une atteinte à l’image, perte de clients, de données… il arrive parfois que la somme soit payée pour diverses raisons.

    Big Game Hunting, RaaS et double extorsion

    Les moyens choisis sont pléthores quand il s’agit d’infecter un terminal, mais trois se détachent. Le triptyque offensif affiche le Big Game Hunting, le ransomware-as-a-service (RaaS) et la double extorsion.

    Le premier est littéralement la chasse au gros gibier. Elles portent références aux associations de malfaiteurs derrière les ransomwares qui ne recherchent que des cibles majeures. Telles que les réseaux d’entreprises, multinationales, plutôt que de s’en prendre aux petits. C’est une façon de gagner plus d’argent des compagnies victimes, ayant beaucoup plus à perdre que des simples données de particuliers. Ce type d’attaque s’est intensifié en 2019, la plupart visant des fournisseurs de services gérés, des écoles américaines, des gouvernements locaux américains et, plus récemment, des entreprises plus grandes en Europe.

    Les opérateurs derrière le ransomware GoldenEye demandaient 300 dollars américains pour chaque terminal infectés. En France Saint-Gobain avait reconnu l’être. Un mois après l’affaire WannaCry, et les nombreux dégâts occasionnés à l’internationale comme dans l’hexagone, par exemple chez Renault à Douai. (Crédits : DR)

    Le ransomware-as-a-service (RaaS) a évolué depuis sa première apparition. Classiquement, il est un code malveillant qui crypte presque instantanément les données à l’aide d’un chiffrement RSA (initiales des inventeurs : Ronald Rivest, Adi Shamir et Leonard Adleman). Moyennant le paiement d’une somme d’environ 300 dollars, la clé de déchiffrement vous était envoyé. Ces deux campagnes d’attaques font évoluer la sécurité des systèmes d’information des diverses sociétés. La première NotPetya, puis celle qui est considérée comme la plus grande attaque par ransomware de l’histoire de l’Internet, WannaCry.

    Histoire de WannaCry

    Le 12 mai 2017, une attaque par d’une ampleur encore inconnue affectait plus de 200 000 victimes à travers le monde. Il est un « crypto-ver ransomware », qui a ciblé les terminaux exécutant le système d’exploitation (OS) Microsoft Windows en chiffrant les données et en exigeant des paiements de rançon en Bitcoin. « Il est considéré comme un ver de réseau car il inclut également un mécanisme de transport pour se propager automatiquement. » À travers le code de distribution, il recherche les dispositifs vulnérables, puis utilise l’exploit EternalBlue pour y accéder et enfin l’outil DoublePulsar (Backdoor ou porte dérobée de la NSA) pour s’installer et exécuter une copie de lui-même. À l’origine, il s’agirait, sans aucune confirmation de la performance du groupe nord-coréen Lazarus. Quid des correctifs ? Microsoft avait publié, deux mois auparavant, un correctif de sécurité contre cette vulnérabilité. Nombreux individus et organisations ont payé pour apprendre. En ne mettant pas régulièrement à jour leurs systèmes, ils ont été exposés à l’attaque. Comme l’écrit la journaliste Samantha Schwartz sur « Cybersecurity Dive ».

    La diffusion d’informations suite à une attaque par ransomware est de plus en plus fréquente, surtout quand les cibles n’acquittent pas la rançon. (Crédits : Capture d’écran)

    « La facilité avec laquelle une organisation criminelle peut franchir votre périmètre, quel qu’il soit, à notre époque, et accéder aux biens est bien plus simple que ce que même moi j’aurais pensé lorsque je travaillais dans la communauté des renseignements », déclarait Justin Fier directeur de la cyberintelligence et des analyses chez Darktrace. « Cela m’inquiète que nous soyons en 2021 et que ces mots sortent même de ma bouche pour vous », assurait-il face à Samantha Schwartz. Ils ne se contentent plus de chiffrés les informations, ils visent avant tout à les exfiltrer, les crypter (en laissant des preuves convaincantes de la présence de l’attaquant dans le réseau), puis vient l’extorsion. Enfin, lorsque les rançons demandées ne sont pas payées ou que la cible refuse, il y a publication des données volées sur l’Internet (Web, DeepWeb, DarkWeb…). Car le but premier des opérateurs est de gagner de l’argent, ce par n’importe quel moyen. Puis, les attaques dissimulent peut-être des opérations à finalités commerciales, d’espionnages, ou encore comme le NotPetya à finalité destructrice.

    À quand remonte le premier ransomware ?

    À peine un mois après la chute du Mur de Berlin, entre le 8 et le 12 décembre 1989, 20 000 disquettes 51/4 d’information sur le sida ont été envoyées depuis Londres en Europe, en Afrique, en Scandinavie, en Australie… Les destinataires sont des délégués d’un congrès mondial sur le virus du sida, qui s’est tenu à Stockholm en octobre 1988. La disquette contenait un questionnaire interactif sur ledit virus. À l’intérieur un programme pernicieux de type cheval de Troie, connu sous le nom de PC Cyborg. Il est conçu pour crypter des sections du répertoire racine du disque dur d’un terminal. Eddy Willems travaillait pour une compagnie d’assurance en Belgique, don patron lui demanda d’en vérifier la teneur. Il s’en saisit, l’insère dans le lecteur prévu à cet effet. Ce n’est que bien plus tard, qu’il remarque qu’« il y avait un message à l’écran me demandant de payer. Il me demandait d’envoyer 189 dollars à une boîte postale au Panama, sinon je ne pourrais plus utiliser mon ordinateur », raconte-t-il.

    L’information a été conté, le logiciel décortiqué, disséqué de fonds en comble par la revue Virus Bulletin de janvier 1990.
    Sur un document de vingt pages, les auteurs usent de l’ingénierie inverse ou rétro-ingénierie. (Crédits : Developpez.com)

    Il éteint l’ordinateur et emploie une disquette de démarrage pour le relancer. Il a constaté que ses répertoires étaient toujours là, mais qu’ils étaient cachés et que les dénominations des fichiers avaient été remplacés par des chaînes de caractères aléatoires. Heureusement, le contenu de ses fichiers n’était pas altéré, seules leurs appellations semblaient bizarres. « J’ai pensé : c’était du chiffrement. Mais c’était complètement ridicule. Le programme n’avait pas été créé par un vrai informaticien », dit-il. Le disque d’information contenait deux fichiers de programme, install.exe et aids.exe, écrits en QuickBASIC 3.0 et compilés de manière standard avec le compilateur fourni (v5.60) explique le rapport de 20 pages. Les forces de l’ordre remontaient vers le biologiste évolutionniste de Harvard, Docteur Joseph Popp. Arrêté pour avoir diffusé le virus informatique, et plusieurs chefs d’accusation de chantage, il avait été déclaré mentalement inapte à être jugé. Il meurt dans un accident de la voie publique le 27 juin 2006.

  • Un blockbuster vénézuélien

    Un blockbuster vénézuélien

    Cela pourrait être un nouveau film à gros budget, mais ce n’est, in fine, qu’une réalité parmi tant d’autres. Dans l’hémisphère sud, c’est le Venezuela qui voit son système électrique puis bancaire attaqué. Tandis qu’en Suisse, des codes malveillants ont ciblé le canton de Vaud. Après la commune de Rolle, c’est la compagnie de navigation sur le Léman qui en fait les frais, ce une semaine avant la cinémathèque suisse qui a subi une agression de type ransomware, en date du 17 septembre 2021.

    Tout a commencé le 30 mai 2021, lorsque l’administration de Rolle en Suisse essuyait une infection en bonne et due forme. Les opérateurs du groupe Vice Society sont à l’origine de celle-ci. « Il ne s’agit, en réalité, que d’une faible attaque. Nous avons sollicité l’aide de la Confédération et du Canton, qui nous ont demandé de rester discrets à ce sujet », affirme syndique Monique Choulat Pugnale. Elle est cheffe de l’exécutif et responsable de l’informatique de Rolle. De nombreux documents sont mis en ligne sur le Darknet. Des courriels, la planification financière… « On nous a piraté uniquement des mails, et ils ne contenaient aucune donnée sensible sur la Commune », assure-t-elle.

    Les données de la commune de Rolle affichées par les opérateurs de Vice Society sont en libre accès. (Crédits : capture d’écran)

    Les opérateurs derrière Vice Society ont ciblé pléthores de sociétés :

    Au mois d’août, le gymnase de Payerne subit une attaque, avant la compagnie de navigation sur le lac Léman (CGN). « L’attaque n’a duré que quelques jours avant que nous sécurisions le plus rapidement possible notre site internet, indiquait la directrice vente et marketing, Florentine Baron Pailhès. Par souci de précaution, nous avons informé […] par courrier tous les clients qui avaient commandé des billets sur notre site depuis fin avril ». Enfin, c’est la Cinémathèque suisse qui a subi, vendredi 17 septembre 2021 une tentative d’extorsion par ransomware. Ce malgré la sécurité informatique en place et les mises à jour régulières de ses systèmes de pare-feu, spécifie l’institution. Ce qui engendre le blocage de serveurs et la messagerie indisponible.

    La ville paisible de Rolle dans le canton de Vaud, a subi une attaque par ransomware du groupe Vice Society. Les dommages sont moindres selon les autorités. Cependant, la Suisse a été sujette à de multiples agressions durant l’année 2021. (Crédits : Philippe Maeder)

    Fondée en 1948, elle est reconnue par la Fédération internationale des archives du film (FIAF) comme l’une des dix plus importantes au monde. Cela par l’étendue, la diversité et la qualité de ses collections en sa possession. Son siège administratif, ses salles de projection se situent à Lausanne, dans le canton de Vaud. La dernière a immédiatement alerté la Confédération (Centre National pour la Cybersécurité, NCSC) ainsi que la Police cantonale. Une analyse complète de cette intrusion est menée par la société Kudelski pour identifier la faille qui a permis cette attaque. L’étude et le contrôle de l’ensemble du réseau et des serveurs affectés sont toujours en cours.

    Attaque terroriste

    Le Venezuela détient la première réserve mondiale prouvée de pétrole brut (302,25 Mds de barils, soit 1/5 ème des réserves mondiales) et les 4e de gaz naturel. Le pays dispose également de vastes ressources minières (or, bauxite, fer, nickel, charbon…) et hydrauliques, ainsi que d’un potentiel agricole important. « Nous voulons signaler une nouvelle attaque contre le système électrique national dans le cadre de ce plan de sabotage permanent, qui fait partie de la guerre multiforme que nous recevons constamment », a affirmé Néstor Reverol, ministre vénézuélien de l’Énergie électrique, dimanche soir 12 septembre 2021 à travers des déclarations téléphoniques à la chaîne publique Venezolana de Televisión. Il a indiqué que l’« attaque terroriste » a frappé la sous-station d’Aragua à Santa Cruz, dans la municipalité de José Ángel Lamas, et a provoqué une « perte de charge dans plusieurs États du pays, car il s’agit d’un système interconnecté ». « Nous avons déjà récupéré la charge dans toute la région de la capitale, nous sommes en train de la récupérer complètement dans les États de Zulia, Mérida, Táchira, Nueva Esparta et Falcón, qui ont été partiellement touchés », a-t-il ajouté. Or des pannes d’électricité sont enregistrées depuis 2010, date à laquelle le rationnement a commencé. Elles se sont aggravées en 2019, après une surcharge de la centrale hydroélectrique Simón Bolívar, laissant le pays sans électricité pendant plusieurs jours.

    Il est tout juste une heure passée d’une minute lorsque ce gazouillis est publié, le 18 septembre 2021. « Nous avons réalisé la restauration complète […] de sorte que dès 14 h 00, aujourd’hui 20 Septembre 2021 nos services et les canaux électroniques seront disponibles. » (Crédits : capture d’écran)

    Puis, c’est le système monétaire qui est convoité affirme le gouvernement vénézuélien. Dans un communiqué publié vendredi, la vice-présidence sectorielle de l’économie a indiqué que l’attaque visait spécifiquement la plateforme de Banco de Venezuela S.A., la principale institution du pays, avec l’intention de violer les actifs des clients. « Cette attaque informatique a affecté les activités des usagers de la banque, qui n’ont pu recourir aux services bancaires, effectuer des opérations et disposer de leurs ressources sur leurs comptes […] nous condamnons fermement ces projets terroristes », peut-on lire. Selon la déclaration, le piratage massif « avait pour but de faire disparaître et d’altérer les données bancaires du système financier vénézuélien », mais, ajoute-t-il, le point central de la cyberattaque a été détecté et neutralisé. « Nous avons demandé au ministère public d’ouvrir une enquête pénale approfondie pour trouver les responsables de cette action criminelle contre le système fiduciaire national. Nous veillerons à ce que justice soit faite. »

    Attaque mondiale

    De plus en plus de médias font publicité des attaques par codes malveillants de type ransomware. Celles dirigées contre des infrastructures étatiques sont quotidiennes. Mais celle qui touchait l’Ukraine, puis le monde entier le 27 juin 2017 est sans commune mesure. Il est 8 h 16, lorsqu’une bombe explose sous le véhicule du colonel Maksim Chapoval, le tuant instantanément. L’officier du renseignement militaire avait été chargé de rassembler des preuves de l’implication russe dans la guerre du Donbass, qui a fait plus de 10 000 morts depuis avril 2014, raconte Numerama. En quelques heures, des lignes de codes malveillantes se répandent de la même manière qu’une traînée de poudre dans les réseaux informatiques du pays, puis à l’étranger comme en France dès 15 h.

    Sur les systèmes d’information affectés, un message en lettres rouges annonce que les données importantes des utilisateurs sont cryptées, chiffrées. « Ooops , your important files are encrypted ». Et que moyennant la somme de 300 dollars, elles seraient de nouveau accessibles. (Crédits : DR)

    La similitude avec le rançongiciel Petya, apparu en 2016 est flagrante, mais Kaspersky Lab dément très rapidement tout lien entre ce nouveau virus employant l’exploit EternalBlue et les versions Petya. Il devient NotPetya. Il est en fait un wiper, dont le but n’est pas l’extorsion, mais la destruction pure et simple des données informatiques, par effacement. L’état ukrainien avait précédemment enduré deux black-out, l’un en décembre 2015, le second une année plus tard. Existe-t-il une similitude entre l’attaque subie par l’Ukraine et le Venezuela ? L’enquête est en cours…

    Déjà en 2019 Pierre Alonso écrivait dans Libération « Pour Caracas, l’auteur est tout trouvé. Il s’agit, sans surprise, des États-Unis, ont répété les responsables vénézuéliens, sans présenter la moindre preuve. Leur soupçon est néanmoins légitime. Washington a un motif. L’administration Trump a reconnu et publiquement soutenu l’opposant, Juan Guaidó. Exacerber le chaos dans le pays, dirigé par Maduro, en le privant d’électricité tend évidemment à affaiblir le président en exercice. L’arme informatique présente l’avantage d’être invisible et difficilement attribuable : l’idéal pour intervenir sans avoir l’air d’y toucher. »