Le Pôle Emploi dans la tourmente suite à un acte de « cyber malveillance » dont l’entité est victime. Un vol de données confidentielles, notamment les prénom et nom, numéro de sécurité sociale… Jusqu’à dix millions de personnes pourraient être touchés selon les estimations hautes. Déjà en 2021, près de 1,2 million d’informations avaient été extraites du même Pôle Emploi. Le « pirate » affirmait les vendre « à différentes agences marketing et à des particuliers » expliquait le site Zataz, avant de se raviser.
C’est par un communiqué du 23 août 2023 de l’agence pour l’emploi informe de l’acte de « cyber malveillance » subi : « Suite à un acte de cybermalveillance dont l’un des prestataires de Pôle emploi a été victime, des données personnelles concernant des demandeurs d’emploi sont susceptibles d’être divulguées. » La direction de Pôle Emploi porte plainte.
Suite à cet acte, la direction du Pôle Emploi demande aux assurés « de rester vigilants face à tout type de démarche ou proposition qui pourrait paraître frauduleuse. » Des fuites de données font aussi l’actualité chez SevenRooms (1 205 385 comptes ), Duolingo ( 2 676 696 comptes) et Atmeltomo ( 580 177 comptes). (Crédits : capture d’écran Pôle Emploi)
C’est à travers un de ses sous-traitants, l’entreprise Marjorel confirme Le Parisien, que les données des assurés du Pôle Emploi sont exposées. Cette entreprise est responsable de la numérisation et du traitement des documents transmis par les demandeurs d’emploi. « Les nom et prénom, le statut actuel ou ancien de demandeur d’emploi, ainsi que le numéro de Sécurité sociale […] pourraient être concernés », précise Pôle Emploi. En revanche, l’organisme indique que les adresses emails, numéros de téléphone, mots de passe et coordonnées bancaires ne seraient pas concernés. Des enquêtes sont diligentées pour en connaître l’auteur.
Vol de données contre de l’argent
Comme l’écrit Damien Bancal sur Zataz, un pirate informatique avait volé des informations à Pôle Emploi en 2021. Son but était de faire de l’argent tout simplement. La faille MoveIT selon l’analyse de Coverware, aurait permis au groupe CloP de gagner entre 75 et 100 millions de dollars. Selon les informations du site Zataz, le pirate dénommé « PieWithNothing » aurait commercialisé dès le 8 août 2023 deux fichiers Pôle Emploi. D’après les informations, le premier concerne 1,2 million d’assurés datant de 2021, le second de 2022. Ce dernier comprendrait selon les échanges entre les protagonistes : le nom complet, l’âge, le numéro de téléphone portable, l’e-mail, la commune de résidence, le niveau de formation, les expériences, la détention du permis de conduire, disponibilité d’une voiture, emploi souhaité, géolocalisation. Les deux fichiers seraient commercialisés pour 900 $.
Les opérateurs usant de ransomware prennent encore moins de pincettes pour diffuser les données volées. Suite aux cyberattaques, il est légion de voir des chiffres hallucinants et effrayants. D’autant que si le nombre de petites attaques réussies augmente de manière significative, les cyberattaques envers les grosses entreprises ne sont pas en reste. Le but persistant toujours l’argent des rançons. En 2022, la somme récoltée passait de 766 millions de dollars à 457 selon Chainalysis. Elle pourrait s’élever à 900 millions de dollars en 2023, selon le rapport.
D’un côté comme de l’autre, la liste des victimes des divers ransomwares s’allonge. Les Cl0P, Alphav ou encore LockBit proposent même les archives dans différentes pages ou onglet. Chez LockBit, les informations sont à hauteur de 275 Gb pour Aimtron, 243 Gb pour Ibafrance, plus de 4 Tb en plusieurs fichiers pour Mundo-r ou encore Ifcaire est annoncé à 181 Gb. Tout comme l’agence Magnum dernièrement placardée qui devrait voir ses données exposées pour le 29 juillet 2023.
Alors quand Snatch affiche 4 TB d’informations sur l’hôpital général de Tampa dans le centre ouest de la Floride, cela permet de relativiser. Ou davantage avec la compagnie chinoise Ningbo Joyson Electronic Corp. où cette fois c’est pas moins de 20 TB. (Crédits : capture d’écran/Snatch)
Pour comprendre l’ampleur des chiffres, il suffit de différencier les millions et les milliards, ou les Megabytes aux Terabytes. Si 1 Mb équivaut à une seconde, cela représente 11 jours, 46 minutes et 40 secondes. Pour 1 Tb, cela symbolise 31 ans, 251 jours, 7 heures 46 minutes et 40 secondes. Soit un écart de 31 ans, 240 jours et 7 heures.
Rien à cacher ?
Souvent, la phrase entendue est « ça va, je n’ai rien à cacher ! » . D’autant plus si vous vivez pécuniairement de votre vie privée sur les réseaux sociaux. Pour les autres, vous n’avez rien à cacher jusqu’au moment où vous faites partie intégrante des données exposées, vous comprenez que c’est problématique. L’usurpation d’identité est courante, les faux également. Quand les données sont recoupées, analysées, cela devient une mine d’or pour toute personne les utilisant. Lorsque le groupe de cybercriminels usant du ransomware Alphv/BlackCat révélerait des données du groupe Estée Lauder et de VOG (Home of apples). Ainsi de nombreuses identités et autres informations pourraient être jetées en pâture. Vous pouvez ainsi croiser des données pour en obtenir davantage et ainsi attaquer de plus grosses entreprises.
Un jeune homme de 26 ans sera jugé par le tribunal judiciaire de Paris le 15 novembre 2023, relate FranceTVinfo. Il est convoqué pour une comparution immédiate sur reconnaissance préalable de culpabilité. Il est soupçonné d’avoir commis le vol de données personnelles de 2 800 employés du journal Le Monde. (Crédits : Elias/Pixabay)
Gagner encore plus d’argent
Le rapport de Chainalysis indique que les sommes payées avaient diminué en 2021. Il faut dire que 2020 et 2021, les profits engendrés atteignaient des sommets avec respectivement 765 et 766 millions de dollars. Selon les dernières observations de Chainalysis, les cyberattaques avec rançongiciel ont rapporté en 2023 près de 450 millions de dollars aux cybercriminels, au premier semestre 2023.
Si certains ransomwares ont disparu, comme Conti ou Revil/Sodinokibi, Cl0P et LockBit font la part belle aux cyberattaques. Sans oublier les nouveaux venus : cAcTUS, Médusa, Akira, 8Base, Bianlian… Les sommes des rançons pourraient atteindre les 900 millions cette année, selon les estimations de Chainalysis. (Crédits : Chainalysis)
Coverware indique qu’au deuxième trimestre de 2023, le pourcentage de cyberattaque par ransomware ayant donné paiement d’une rançon par la victime chute à 34 %. Pour autant le nerf de la guerre est l’argent. Prenons l’exemple d’un cabinet médical qui voit l’ensemble de ses données chiffrées, et qui faute de sauvegarde subit un impact dévastateur. L’impact est de 100 %, mais sa réserve financière est faible, donc la rançon ne pourra qu’être minime.
Selon l’analyse de Coverware, le groupe CloP aurait gagné entre 75 et 100 millions de dollars rien qu’avec la campagne MoveIT, peu de cibles, mais de fortes rançons. « À titre indicatif, ce montant est supérieur au budget annuel du Canada en matière de sécurité offensive ». (Crédits : Coverware)
De l’autre côté, une multinationale aura un système de protection des systèmes d’information sans doute élevé. Donc le bénéfice de toute attaque doit être supérieur aux coûts, c’est le B.A.BA de chaque entreprise, légale ou non, faire du profit. Coverware explique que le groupe criminel Cl0P a « augmenté de façon spectaculaire la demande moyenne qu’il adresse aux victimes. […] un très faible pourcentage de victimes a pris la peine d’essayer de négocier, sans parler d’envisager de payer. Celles qui l’ont fait ont payé beaucoup plus que les campagnes CloP précédentes, et plusieurs fois plus que la rançon moyenne mondiale de 740 144 $ (+126 % par rapport au premier trimestre 2023). » Que les cyberattaques soient le fait de groupes criminels ou d’États, le but de perturber la disponibilité ou compromettre l’intégrité des processus commerciaux et opérationnels.