Quand les cybercriminels traquent les comptes oubliés
Des comptes Microsoft 365 laissés sans surveillance au Chili jusqu’aux milliards d’événements cyber détectés au Kenya : des milliards d’octets changent de main. Ils sont deux signaux qui remémorent que la menace ne vient pas toujours d’une nouvelle faille spectaculaire. Parfois, les hackers profitent aussi de comptes abandonnés, et d’infrastructures soumises à une pression permanente. La négligence, la multiplication d’outils dits IA qui servent leurs causes sont autant de facteurs qui permettent de s’immiscer dans la vie des gens.
Les attaques DDoS, ZéroDay, ne sont pas toujours les points d’entrées des plus grandes cyberattaques. D’ailleurs, les opérateurs derrière Lockbit pourraient en témoigner. Une mise à jour PHP non effectué permet d’entrer sur certains serveurs. Oublier un compte inactif suffit pour que celui-ci devienne la faille.
Sept comptes Microsoft 365 compromis sur 5714
Les chercheurs de Proofpoint ont identifié une campagne Active TeamFiltration sous le nom de UNK_CondorFiltration. Ils ont testé 5 714 comptes Microsoft 365 liés à 28 organisations situées en Amérique latine. Ils n’en ont compromis que sept. Mais ce qui est déterminant est que lesdits comptes, personne, ou presque, ne semblait encore s’en occuper. Si bien qu’entre le 21 juillet et le 16 août 2026, Proofpoint a observé une campagne visant des entités chiliennes, qui plus est plusieurs établissements financiers et un grand distributeur.

Au total, les chercheurs notent 32 825 tentatives d’authentification provenant de 1 487 adresses IP. AWS (Amazon Web Services) assure l’hébergement de toutes. Aucun compte personnel d’employé n’a été compromis. Les sept accès réussis concernent exclusivement des comptes de service, sans MFA (Multi-Factor Authentication). Ces derniers n’avaient aucun historique de connexion légitime préalable.
Les chercheurs soupçonnent qu’aucun des mots de passe sont mis à jour. Ceux par défauts existent toujours. Et les attaquants ne se contentaient pas de vérifier que la clé fonctionnait. Un cas indique que, dans les 90 secondes qui suivent la compromission, l’attaquant débute une séquence post-accès. C’est-à-dire sonder le VPN d’entreprise, accéder à Azure Portal, naviguer sur SharePoint et déclencher une demande de jeton Microsoft Graph API. (Crédits : Droits réservés)
L’affaire illustre un angle mort de la sécurité des identités. Les entreprises ont appris à protéger leurs salariés. Cela dit, elles conservent quelquefois des comptes dits techniques sans véritable propriétaire humain. Ils sont créés pour faire fonctionner un service, puis inexorablement oubliés. Pour un attaquant, inutile de chercher une nouvelle faille. Parfois, tout ce dont on a besoin, c’est de retrouver la vieille clé restée sous le paillasson.
Quand les menaces cyber se comptent par milliards au Kenya
Au Kenya, le signal est d’une tout autre nature. La pression exercée sur l’ensemble de l’espace numérique national est largement suffisante. Le National KE-CIRT/CC — l’équipe nationale de réponse aux incidents hébergée par la Communications Authority of Kenya —, surveille en permanence les menaces visant le cyberespace kényan. Ses rapports trimestriels montrent des volumes qui se comptent désormais en milliards d’événements détectés.
Dans le premier trimestre 2026, le centre en recense 3,37 milliards. Puis, d’avril à juin, c’est plus de 4,56 milliards. Cela dit, les chiffres doivent être traités avec précaution. Car un « cyber threat event » n’est pas synonyme de cyberattaque réussie. Il peut correspondre à la détection d’une vulnérabilité, d’un malware, d’une tentative de force brute, d’une attaque contre une application Web ou encore d’un DDoS… Sur les attaques par Déni de services, les chiffres évoluent de 33 680 462 en 2024/2025 à 72 164 664 en 2025/2026. La tendance de fond reste néanmoins suffisamment importante pour que l’autorité kényane maintienne une surveillance permanente et publie désormais des rapports cyberspécifiques.
Car le nombre total de cybermenaces a augmenté de 29,0 % au cours de l’exercice 2025-2026. Ce rapport est inférieur aux 8,6 milliards enregistrées l’année précédente. (Crédits : Mukula Igavinchi/Pexels)

Dans un pays où paiements, télécommunications et services économiques reposent fortement sur le numérique et l’IA pour moderniser ses administrations, ces milliards de signaux racontent moins des milliards « d’attaques » qu’une autre réalité : le bruit de fond cyber est devenu une composante permanente du fonctionnement d’une économie ultra connectée.
